Saturday, April 24 2010
By Europe à la Carte
Saturday, January 2 2010
By Europe à la Carte
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Les Echos :
LE LIVREDU JOUR - 15/12:2009
Euractiv
Jean-Christophe Bas : «L'Europe est vue comme un laboratoire»
15.12.2009
Dans un ouvrage intitulé l'Europe à la carte, Jean-Christophe Bas, expert des questions européennes depuis près de trente ans, a demandé à des personnalités du monde entier de donner leur vision de l'Europe. Il explique à EurActiv.fr l'objectif de son projet.
Quel est l’objectif de votre livre ?
Il s'agit de traiter le sujet européen de façon différente. J’ai commencé ma vie professionnelle dans les institutions européennes. Depuis 30 ans, je suis marqué par la difficulté qu’a l’Europe à communiquer un projet enthousiasmant et compréhensible. Or, je suis persuadé que l’Europe est un sujet passionnant et d’une extraordinaire modernité.
Simplement nous ne savons pas en parler. L’Europe est seulement évoquée à travers des directives ou des éléments confus pour les gens. Pourtant, je pense qu’il est possible de les amener à une réflexion très en profondeur, si on sait le faire.
Le projet de ce livre est donc né d’une volonté d’amener les gens à réfléchir d’une façon différente sur l’Europe en leur proposant des textes courts, des images fortes et des citations frappantes.
La chute du mur de Berlin a été un acte profondément refondateur du projet européen. Il a marqué la fin de la guerre froide qui avait été elle-même, d’une certaine manière, l’acte fondateur du projet européen dans les années cinquante.
N’y avait-il pas un risque de perte d’attractivité du projet européen ?
J’ai vraiment pris conscience qu’il fallait donner à la prochaine génération un nouveau contrat européen.
Le deuxième objectif de ce livre est donc d’amener cette génération Erasmus, qui a grandi dans un monde global où les frontières de l’Europe ont l’air d’être des provinces, à réfléchir en profondeur à ce qu’est l’Europe dans un monde globalisé et pas au mécano institutionnel communautaire.
Beaucoup de non-Européens ont contribué à ce livre.
Quel était l’objectif?
Près de la moitié des personnes qui ont écrit dans l’ouvrage ne sont pas européennes. D’une certaine façon, je crois que les Européens sont un peu des enfants gâtés et ne se rendent plus compte de la chance extraordinaire qu’ils ont de vivre sur le continent européen. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu demander à des gens qui vivent dans des zones de richesse mais aussi de pauvreté, d’instabilité, de développement, de donner un point de vue sur l’Europe.
Certains mots-clés sont toujours utilisés au sujet de l’Europe par des cassandres selon lesquelles rien ne va marcher. On parle d’économie européenne en évoquant l’Europe ankylosée. Pour l’Europe de l’immigration, c’est l’Europe passoire. Quand on parle de la politique étrangère de l’Europe, c’est l’Europe impuissante. Pour l’Europe commerciale, c’est l’Europe forteresse.
Ces mots sont nés depuis la chute du mur de Berlin. Mais cette Europe ankylosée a fait l’euro, qui est une révolution extraordinaire et a tenu l’Europe un peu à l’écart de la gravité de la crise financière. On la ressent beaucoup plus fortement aux Etats-Unis. Cette Europe passoire a mis en place un projet extraordinaire : l’Europe de Schengen qui assure la liberté de circulation et la sécurité. L’Europe dite “impuissante” a, depuis 10 ou 15 ans, été le fer de lance des négociations internationales sur le changement climatique. Et c’est toujours l’Europe qui, au moment de la guerre en Irak, a estimé que ce n’était peut-être pas tout à fait la bonne approche.
On parle d’Europe forteresse. Alors que l’Europe est le premier fournisseur de l’aide publique au développement. Derrière ces formules à l’emporte-pièce, les réalités sont différentes.
Vous avez demandé à toutes ces personnalités de donner leur vision de l’Europe.
Quels sont, selon vous, les messages essentiels?
J’ai été très frappé du texte du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon. Selon lui, l’Europe est réellement un modèle. Il est asiatique et déplore l’incapacité de l’Asie à s’unir, à créer un ensemble pas uniquement commercial mais identitaire, politique.
Le fait que l’Europe soit bien placée pour jouer un rôle de leadership pour les modèles de gouvernance mondiale revient souvent. Sans remettre en cause l’importance de l’Amérique dans le concert global des Nations, l’Europe a un immense atout : elle a appris à composer pour s’intégrer depuis 50 ans. Elle est donc certainement mieux à même que d’autres régions du monde à jouer un rôle majeur dans le processus de globalisation.
Le nouveau contrat européen pour cette génération Erasmus pourrait être : vous venez d’un horizon culturel fait de diversité linguistique, culturelle, historique qui vous donne une force extraordinaire pour comprendre la complexité du monde global.
Le message en provenance du pourtour méditerranéen est plus réservé. Les contributions du livre soulignent l’impérieuse nécessité pour l’Europe de se réconcilier avec son Sud. Il lui faut inventer très vite un grand projet euro-méditerranéen, qui intègre à la fois les économies mais aussi les cultures, les hommes, les sensibilités. L’Europe peut jouer un rôle essentiel dans le conflit entre le monde musulman et le monde dit occidental.
En fonction des parties du monde il y a des visions de l’Europe. L’Afrique, l’Asie, ne la voient pas de la même façon....
Oui. Mais il y a vraiment une unanimité pour dire que ce qui a été accompli en matière de réconciliation, de paix, de stabilité est hors du commun. Et je crois que ce serait important que les gens s'en rendent compte.
L’Europe est vue dans beaucoup de parties du monde comme une certaine forme de laboratoire. Elle est notamment regardée comme un modèle par les Indiens dans sa capacité à intégrer les diversités. De nombreuses régions du monde sont en effet confrontées à ces questions de diversité culturelle, religieuse, ethnique.
Les gens ignorent ou sous-estiment complètement certaines choses. En ce moment, je travaille beaucoup dans les Balkans. Et je vois à quel point les tensions sont encore extraordinairement vives entre les Bosniaques, Serbes, Croates…
Mais il ne se passe rien, tout est stable et calme grâce à cette perspective d’adhésion à l’UE. Ils savent que s’il y avait les moindres tensions, les négociations pourraient être ralenties pour dix ans. C’est extraordinaire de voir comment les rivalités et les querelles de frontières locales, qui persistent depuis des siècles, se diluent dans la perspective de l’adhésion à l’ensemble européen beaucoup plus vaste.
Lechoixdeslibraires.com
* Le courrier des auteurs : 11/12/2009
L'Europe à la carte, Jean-Christophe Bas
1) Qui êtes-vous ?
Un citoyen du 21e siècle, passionné par l'observation et la compréhension d'un monde en mouvement permanent ; un citoyen du 21e siècle qui ne voit aucune contradiction entre l'attachement a mes racines alsaciennes et jurassiennes, ma citoyenneté française, mes convictions européennes, et ma conscience de citoyen global. Je revendique une identité " à plusieurs étages", complémentaires, s'enrichissant mutuellement et vivant en paix et en harmonie.
2) Quel est le thème central de votre livre ?
Redonner aux citoyens le gout et l'envie d'Europe, en présentant celle-ci sous un angle complètement décalé et inhabituel. Avec des cartes inédites et insolites sous forme de caricatures; des textes très courts, puissants et riches d'inspiration de personnages inattendus, comme par exemple le pianiste virtuose Daniel Barenboïm, le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, le mannequin vedette espagnole Inès Sastre, le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki moon...qui apportent tous un éclairage totalement nouveau sur l'Europe, loin des directives communautaires, en partageant la vision de "leur Europe" et répondent a leur manière aux questions que tout le monde se pose : quelle place et quel rôle pour l'Europe dans un monde global ? Quels sont ses atouts face à la montée en puissance des pays émergents ? l'explosion des flux migratoires modifiera t elle la culture et l'identité des sociétés européennes ? quid des défis de la diversité ? L'Europe, pour quoi faire ?
Ce livre est dédié a la "génération Erasmus" qui a été élevée avec Internet, a pris les chemins de l'Europe sans frontières de Schengen grâce aux compagnies Low cost et développe sa vision de l'Europe au prisme de la globalisation, et qui se pose toutes ces questions avec acuité.
3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de votre livre, laquelle choisiriez-vous ?
La phrase de Jacques Delors, qui résume admirablement la force et l'originalité du pacte qui unit les pays européens, et que tous les petits Européens devraient apprendre sur les bancs de l'école : L'Europe, c'est " la compétitivité qui stimule, la solidarité qui unit, et la coopération qui renforce".
4) Si votre livre était une musique, quelle serait-elle ?
L'Hymne a la Joie de Beethoven. Pas seulement parce que c'est l'hymne européen sous lequel j'espère un jour les Européens se reconnaitront; mais aussi parce que, comme le mentionne la phrase de Milan Kundera dans l'Europe a la Carte " j'imagine que Beethoven écrivait ses sonates en rêvant d'être l'héritier de toute la musique européenne depuis ses débuts".
5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Une Inquiétude: L'Europe et les Européens ont cette fâcheuse tendance à se regarder le nombril et s'inventer toutes les maladies. J'ai failli appeler mon livre " Au chevet de l'Europe hypocondriaque", tant ce phénomène est réel. L'Europe doit croire en elle-même, ses capacités, son génie, sa capacité d'innover, et cesser de geindre sans cesse, sans quoi effectivement elle aura du mal à peser dans le nouvel ordre mondial qui est entrain de se mettre en place et ou les nouveaux venus sont nombreux.
Un Espoir et une Conviction : avec la globalisation, le monde a plus que jamais besoin de l'Europe, riche de sa diversité et de sa cohérence, soucieuse de paix et de liberté. De même qu'elle a su, anéantie au lendemain du désastre de la 2ème guerre mondiale, se réinventer et devenir la première puissance commerciale du monde, l'Europe, va devenir dans le contexte de la globalisation, un modèle harmonieux de développement, de richesse culturelle, de comportement responsable face aux grands défis globaux.
Sunday, December 20 2009
By Europe à la Carte
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La carte du Tendre
Philippe Cayla
Président d’Euronews
Europe, aimée de Zeus, roi des dieux, est-elle aimée des
hommes ?
À l’heure où la désaffection des Européens pour l’Europe
menace sa démocratie même, peut-on l’expliquer par un
désamour général ? Ou plutôt l’amour d’Europe n’est-il pas
contrasté au point de le rendre impossible ? Tentons, telle
Madeleine de Scudéry, de tracer une carte du Tendre européenne.
Europe n’y est placée ni au-dessus ni en dessous
des nations, elle est parmi les nations, toutes membres avec
elle de la même famille.
Au sein de la famille, les Grecs occupent la place de l’aïeul
fondateur : à l’origine de notre civilisation, ils aiment Europe
comme on aime ses arrière-petits-enfants, des trublions apparentés
mais déjà lointains, en pensée comme en affection.
Le succès des jeux Olympiques de 2008 les a réconfortés
dans le sentiment de leur capacité à assumer leur passé et
leur primauté, mais le vol d’identité que l’ex-République
yougoslave de Macédoine tente d’exercer sur Alexandre le
Grand, et le peu de soutien qu’ils observent du reste de l’Europe,
les affligent. Ils se sentent délaissés par Europe, leur
ingrate arrière-petite-fille, incompris. Il leur arrive même de
se sentir plus proches de la Russie, cette descendance spirituelle
et alphabétique, surtout à travers leur petite soeur
chypriote devenue colonie russe.
L’Italie, c’est la grand-mère comblée par une descendance
prolifique et universelle. Comme Berlusconi trônant au
milieu de la photo du G 20 à la une du Financial Times et du
Herald Tribune, elle est la mamma qui trône au milieu et en
haut de la photo de famille.
Les Français, ayant conçu l’Europe et l’ayant donnée en
mariage à l’Allemagne, sont dans la position du père. En
tant que tels, ils se veulent gardiens de ses valeurs morales ;
sinon de sa virginité depuis longtemps évanouie, du moins
de ses règles de conduite, de ses priorités, de son emploi du
temps. Pas facile de la voir quitter le nid pour mener une vie
indépendante. Les Français n’aiment Europe que soumise,
à l’écoute du père. Sinon, qu’elle se débrouille, c’est le message
du référendum de 2005.
Europe a trouvé dans l’Allemagne – Deutschland pour
les intimes – plus qu’un partenaire : un mari. Après avoir
violenté cette fiancée avec une barbarie indigne des droits
de l’homme, Deutschland s’est résolu à un mariage de raison,
avec le consentement du beau-père désargenté. Gendre
idéal dynamique et enrichi, Deutschland aime Europe comme
un bourgeois du xixe siècle aime sa femme : sa place est au
foyer, Kirche, Küche, Kinder. La femme allemande travaille
peu, Europe aussi, peu importe : l’homme allemand veille et
fabrique les meilleures voitures du monde. Deutschland est
un machiste civilisé mais affirmé, donneur de leçons à la limite
de la suffisance.
Le Royaume-Uni et la Scandinavie, comme l’Espagne et le
Portugal, frères et soeurs de la France, ont un pied en Europe
et l’autre en Amérique. Ils admirent leurs rejetons expatriés
d’outre-Atlantique, qui les dépassent désormais en taille et en
richesse, et ne peuvent s’empêcher de considérer leur nièce
Europe avec commisération. Cette petite cousine a moins
bien réussi que les États-Unis, le Brésil ou même l’Amérique
hispanophone. Europe est parfois conviée à la maison, mais
sans effusion. Avec indifférence et instrumentalisation.
Arrachés à leur tenancière russe, les pays de l’Est sont
les enfants adoptifs d’Europe et de Deutschland. Ils ont
échappé à l’orphelinat, voire à la maison de correction, et
ont été pris en charge par une tutelle paternelle et directive.
Ils la supportent par nécessité, mais elle leur pèse. Acquérir
leur autonomie financière leur permettra de sortir de l’âge
ingrat pour aimer mère Europe comme elle le mérite.
Mais Europe, pauvre d’enfants légitimes ou adoptifs, a
aussi besoin d’enfants naturels. N’osant les demander officiellement
à ses vieilles connaissances, les cousins des cinq
continents, elle condamne hypocritement leurs arrivées
clandestines tout en se félicitant de leur apport en maind’oeuvre,
et en exigeant d’eux un amour impossible.
Ces diverses postures, propres à toutes les familles, ne
suffisent pas à créer l’esprit de famille. Alors, que manquet-
il ?
L’Europe d’aujourd’hui, celle que les jeunes ont adoptée,
c’est celle de Schengen et de l’euro, du voyage et de l’échange.
Voyager et échanger sans frontières, voilà le socle d’une
culture nouvelle, à venir, celle qu’invoquait Jean Monnet.
Pour créer cette culture, il faudrait en principe une
langue unique. Hélas, notre continent, s’il peut devenir
europhile, ne sera jamais europhone : la langue commune
n’existe pas. Que donc les langues demeurent : l’amour des
langues, c’est la condition de la diversité et de l’échange,
c’est le seul amour possible en Europe, le seul qui puisse
nous faire échapper à la monoculture du jeans, du T-shirt et
du McDonald’s. Seules la polyphonie et la polyculture peuvent
rendre les Européens europhiles, amoureux d’Europe.
Dans la savane du nouveau monde
Jean-Dominique Giuliani
Président de la Fondation Robert Schuman
Le xxie siècle n’est pas la jungle.
Plutôt la savane, avec ses prédateurs, mais aussi ses variétés
infinies d’animaux qui cohabitent avec l’homme, un
peu perdu dans la belle immensité de ses paysages.
On y côtoie toutes les espèces.
L’aigle américain rivalise avec les tigres asiatiques, la
vache indienne étonne et on la vénère, les chevaux latinos
gambadent dans les espaces infinis. Les gazelles africaines
pourraient bien étonner et prendre quelque revanche, les
caribous du Grand Nord résister au réchauffement climatique
; on y trouve même un ours russe, peu à l’aise sous ce
climat…
Et l’Europe ? À quoi l’identifier ?
Elle est l’éléphant.
Premier par son poids, le vieux continent produit le premier
PIB du monde, est la première puissance commerciale, le
premier investisseur, le premier marché de consommation.
Tout respire en lui la puissance tranquille sous son cuir
tanné qui en a tant vu.
L’éléphant vit vieux. Très vieux.
Il a une longue histoire et une prodigieuse mémoire, parfois
peut-être un peu trop présente. Le passé ne doit jamais
obscurcir l’avenir.
Mais il est sympathique. Éminemment. Il semble toujours
sourire. Et, l’air de rien, il fait son chemin, attaqué par
personne, dompté quelquefois, montré partout.
Il a des valeurs. Familiales. Il protège ses enfants et vit en
société. Civilisé.
Il mange beaucoup. Parfois trop. Mais il n’est le prédateur
de personne d’autre que les maigres forêts que lui seul
peut engloutir. Quel appétit !
Il aime son confort, ses territoires et n’imaginerait pas de
ne pouvoir les revoir à sa fin.
Il abuse de l’eau, luxe suprême sous les chaudes latitudes…
Mais c’est propre et c’est une habitude.
Ingénieux, résistant, immuable, solide, il ne séduit pas
que par l’ivoire.
Il est là depuis toujours. Des siècles.
Certes, s’il pouvait se muscler encore un peu, il courrait
plus vite… comme les grands fauves, tant enviés. Car un
regard tendre n’est pas ce qu’on imagine d’abord dans la
savane…
On le dit en voie de disparition. Mais depuis si
longtemps…
Il est toujours là. Comme l’Union européenne est désormais
indispensable au paysage du monde.
Il ne peut y avoir de monde sans Europe, comme il ne
peut y avoir de savane sans éléphant.
Il lui manquerait l’essentiel : la mémoire du vent dans les
branches du baobab ou celle du monde dans l’épopée de
l’histoire.
Wednesday, December 9 2009
By Europe à la Carte
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Le pari de la génération
Erasmus
Adriano Farano
Cofondateur de cafebabel.com
Une nouvelle génération est née, fille de la mobilité étudiante,
de la monnaie unique et des vols low-cost. C’est la
première qui vit vraiment l’Europe, au quotidien. Pour elle,
le but de la construction européenne n’est pas de ramener,
enfin, la paix sur le Vieux Continent. Ce but – noble et ô combien
difficile – a été atteint par les pères fondateurs.
Pour nous, les enfants d’Erasmus, le rôle de l’Europe
est d’élargir les horizons de ses citoyens. D’offrir à tous
de plus grandes possibilités de vie, de travail, de business,
de voyage, de découverte et – pourquoi pas ? – d’amour.
Lorsqu’il s’approprie une nouvelle ville, ses bars et ses lieux
de vie, qu’il sent frémir une nouvelle langue sur ses lèvres,
découvre d’autres façons d’étudier ou se laisse emporter
par un amour pas si étranger que cela, l’étudiant Erasmus
éprouve un extraordinaire sentiment de liberté.
C’est cette magie d’Erasmus, merveilleusement décrite
dans le film de Cédric Klapisch, L’Auberge espagnole, qui
nous a assaillis à l’automne 2000 quand, avec un groupe
d’étudiants originaires de douze pays européens, nous
avons fondé cafebabel.com, le premier magazine européen
d’actualité entièrement traduit en six langues. Pour faire
face aux énormes défis du xxie siècle, nos sociétés nationales
ont besoin d’une bouffée d’air frais, de s’ouvrir les unes aux
autres, de se parler ; mais au fur et à mesure qu’elle acquiert
des nouvelles compétences, l’Union européenne souffre d’un
terrible déficit démocratique qui l’éloigne de ses citoyens.
Aussi devient-il urgent de créer une opinion publique
européenne, avec ses débats, ses agitateurs d’idées, ses
médias multilingues. Voilà notre travail quotidien : reportages
exclusifs, interviews uniques, tribunes et blogs qui
ouvrent le débat.
La génération Erasmus est la première à pouvoir réussir
ce pari. Car elle « pense et parle » européen, contrairement
aux leaders des différents pays qui multiplient les plans de
relance nationaux, s’affrontent sur des questions de politique
étrangère, et agissent « comme si » le partage de la
souveraineté (monnaie, frontière, législation…) n’était pas
déjà une réalité.
L’Europe politique ne se construira pas ainsi. Elle se
fera avec la création d’un espace public transnational.
C’est à ce défi que notre magazine répond depuis huit ans
avec la méthode du journalisme collaboratif. Ces points de vue
transnationaux sont riches de perspectives multiculturelles
auxquelles réagissent mensuellement 300 000 internautes.
Grâce à la génération Erasmus, une opinion publique européenne
est en train de naître. Il faut l’écouter.
L’enseignement au monde réel
Heleen Terwijn
Psychologue et fondatrice de l’École du week-end IMC
Demandez aux Américains ce qu’est l’Europe, et beaucoup
répondront : « L’histoire. » Demandez aux Européens ce
qu’est l’Europe, et beaucoup répondront : « Bruxelles. » Cela
semble étrange : comme si la bureaucratie aveuglait l’Europe.
Pourtant, ce n’est pas le cas. La culture européenne échappe
à toute tentative de définition. Cela constitue un atout majeur,
mais encore faut-il engager nos élèves dans la bonne voie.
Les écoliers européens apprennent que Platon était
grec, Descartes, français, et Goethe, allemand. Bien que
des épisodes de l’histoire s’entremêlent et que des modèles
européens émergent, on n’enseigne pas explicitement aux
étudiants les « valeurs européennes », et encore moins la notion
d’« identité européenne ». Ils apprennent à lier l’histoire
à leur société et, s’ils ont de la chance, à leur propre vie.
L’euro constituant en pratique le seul symbole européen,
il n’existe pas grand-chose pour encourager la création
d’une identité européenne. Personne ne soutient une équipe
de football européenne (d’ailleurs il n’en existe pas) ou ne
jure allégeance au drapeau européen. Les confins de l’Europe
restent flous, marqués par l’histoire et la diversité
culturelle, et « Bruxelles ».
Est-ce une menace pour l’Europe ? Non. Cela constitue
davantage une chance. Les Européens sont déjà bien
conscients qu’il existe d’autres cultures que la leur. Les
élèves
apprennent combien les racines de leur société sont
tortueuses, ils apprennent à vivre côte à côte avec les autres
cultures européennes, et beaucoup d’entre eux parlent plus
de deux langues, notamment les immigrés.
La prochaine étape serait de cultiver et d’entretenir chez
nos étudiants une capacité déjà existante de comparaison
culturelle et de tolérance, mais en ne les figeant pas dans
une « identité européenne » forcée, qui, au contraire,
y nuirait. Nous devrions sensibiliser nos étudiants aux
problèmes d’actualité tels que la migration, la diversité
religieuse, le changement climatique et l’injustice sociale.
C’est précisément en découvrant le monde, qu’ils
découvriront à quel point ils sont « européens ». Comme
le dévoile mon expérience avec l’École du week-end, une
fois l’enseignement organisé autour de ce principe, les
enfants développent une volonté d’apprendre. Et, comme
le dit Sajjaad, un ancien élève : « À l’École du week-end, j’ai
appris à oser réfléchir. »
L’idée d’une « identité européenne unique » ne fait pas
partie de nos enseignements. En encourageant nos élèves à
penser le monde, nous embrassons le meilleur de la tradition
européenne, notamment celle de l’échange et de la tolérance.
La vieille Europe a un avenir radieux
Hubert Joly
Président-directeur général de Carlson
En ce siècle de mondialisation et d’intégration, l’Europe
bénéficie d’une situation idéale pour jouer un rôle de leadership
au sein de ce nouveau monde multipolaire.
Il y eut beaucoup de discours à la fin du xxe siècle sur
le déplacement du centre de gravité du monde, passant de
l’Atlantique à l’océan Pacifique. Il se peut que ce raisonnement
ait été motivé par l’émergence de l’Asie comme nouveau
centre d’impulsion économique ainsi que par le taux de
croissance élevé de la côte ouest des États-Unis. Cette théorie
soutenait que cette évolution aurait pour effet de mettre l’Europe
sur la touche, et que le commerce et la communication
se détourneraient de l’Europe. Mais… pas si vite.
L’Europe bénéficie d’un avantage unique, du fait de sa
situation géographique. Dans une large mesure, il peut
s’avérer plus facile de mener une organisation mondiale
depuis l’Europe que de n’importe où ailleurs. Les vols pour
l’Asie sont plus courts depuis l’Europe que depuis les États-
Unis. Par exemple, il faut 9 heures pour se rendre à Delhi
depuis Paris, contre 15 heures depuis New York, et 20 depuis
Los Angeles. Un vol Paris-Singapour dure 13 heures,
contre 15 en provenance de New York et 20 en provenance
de Los Angeles. Alors que les horaires de bureau se recoupent
entre l’Europe et l’Asie mais aussi entre l’Europe
et les États-Unis, ce n’est pas le cas entre les États-Unis et
l’Asie (il y a un décalage de 12 heures entre New York et
Singapour, et seulement 6 heures depuis l’Europe). Cette
donnée offre de meilleures conditions de communication et
de collaboration depuis, et avec l’Europe…
En outre, l’Europe donne aux Européens, et ce dès leur
plus jeune âge, une idée de la diversité culturelle : un avantage
pour ceux qui essaient de saisir et de gérer les subtilités
propres à chaque peuple ainsi que les normes culturelles et
les coutumes de ce monde multipolaire. Ainsi, Charles de
Gaulle a certainement fait preuve de talents de prédicateur
lorsqu’il déclara : « Ce n’est pas un chef d’État européen qui
unira l’Europe. L’Europe sera unifiée par les Chinois. »
Friday, December 4 2009
By Europe à la Carte
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Un brillant exemple d’unité
et de diversité
Rabbin Arthur Schneier
Président de la Fondation Appel de la Conscience,
grand rabbin de la synagogue Park East, New York
Il est difficile de saisir comment le continent, qui a donné
naissance aux grands idéaux universels de liberté et d’indépendance,
ait pu, dans le même temps, devenir le berceau
du nationalisme, du communisme et du fascisme. L’Europe
a été au centre de la création des idées et des événements
qui ont déterminé les plus grands chapitres de l’histoire de
la modernité. Hélas, une grande partie de ses accomplissements
scolastiques et culturels ont été éclipsés par les
guerres qu’elle a menées à la fois au sein de ses frontières,
et contre ses voisins. Moi-même survivant de l’Holocauste,
j’ai fait l’expérience de ce que l’Europe avait de meilleur et
de pire à offrir.
Heureusement, j’ai survécu et j’ai pu voir l’Europe renaître
des ravages de la Seconde Guerre mondiale : une Europe
déterminée à tirer les dures leçons du passé, et à aider les
nations voisines à les enseigner. Depuis l’établissement de
la Communauté européenne par Maastricht, elle s’évertue
à réfréner les tendances nationalistes par le biais d’accords
continentaux et d’un système de coopération internationale.
Les conditions d’entrée dans l’Europe constituent un engagement
aux principes de la gouvernance mondiale et de la
dignité humaine de chacun. Le grand défi, à la fois moral
et éthique auquel l’Europe est confrontée aujourd’hui, est
centré sur la manière dont l’Europe saura faire preuve de
compréhension et de respect de l’autre, tout en gérant la diversité
religieuse.
Pendant plus d’un millénaire, les juifs ont résidé en
Europe, apportant ainsi une contribution à la société à travers
la culture, les arts, la médecine et les sciences, ce tout
en endurant des persécutions et des actes de discrimination.
Jusqu’à l’Holocauste, les manifestations d’exclusion culturelle
et de haine étaient très largement ignorées, et, contrairement
à ce que certains peuvent se plaire à penser, elles teintent
encore toujours l’Europe contemporaine. Malheureusement,
le nationalisme enragé, la xénophobie et l’antisémitisme ont
refait surface, notamment en ces heures d’instabilité et de
difficulté économique. Nous vivons à une époque d’identités
multiples. L’Europe peut devenir un brillant exemple
d’unité et de diversité du fait de l’évolution constante de sa
composition démographique. Afin de préserver les valeurs
historiques de la civilisation occidentale tout en respectant la
dignité d’une population hétérogène, il sera essentiel de promouvoir
une coopération interreligieuse ainsi qu’un mode
de coexistence pacifique. Bien que, au cours de ce dernier
demi-siècle, l’attention du monde se soit détournée de l’Europe
pour se concentrer sur l’Asie, je pense que l’Europe, en
tant que gardien de la démocratie, n’a pas perdu l’occasion
de jouer dans ce monde en transition un rôle majeur au sein
d’un partenariat transatlantique avec les États-Unis.
Les fondations spirituelles de l’Europe
Bernd Posselt
Président de Pan-Europa Deutschland, Membre du Parlement
européen pour Munich
Le débat sur l’élargissement et ses limites, mais également
celui sur le traité constitutionnel, ont nettement remis
à l’ordre du jour la question des fondations spirituelles de
l’Union européenne.
Le premier président de la République fédérale d’Allemagne,
Theodor Heuss, un libéral, avait dit un jour que la
culture européenne s’est construite sur trois collines : l’Acropole,
le Capitole et le Golgotha – c’est-à-dire sur la philosophie
grecque, le droit romain et le christianisme. Lorsqu’on regarde
de près nos villes et villages européens, avec leurs
églises au centre, on constate rapidement que, sans le christianisme,
l’Europe n’aurait jamais pu se constituer.
Cependant, nous ne souhaitons pas transformer l’Europe
en un musée chrétien, mais vivre notre foi aujourd’hui,
dans notre époque. Certes, les chrétiens ne sont plus majoritaires
dans plus d’une région en Europe, bien que la culture
européenne, aujourd’hui encore, reste toujours influencée
par le christianisme.
Mais Jésus nous exhorte à être le levain ou encore le sel
de la terre. Si ni le levain ni le sel ne sont majoritaires, sans
levain, on ne peut cuire de pain, et sans sel les aliments n’ont
aucun goût.
Il est intéressant d’observer que de plus en plus de politiques,
de scientifiques et de pédagogues exigent de la part
de l’Église une parole plus fortement missionnaire, car ils
constatent que la société, dont ils portent la responsabilité,
perd peu à peu l’assise qui la soutient.
Et ce sont avant tout, contrairement aux xviiie et xixe
siècles
avec leur credo matérialiste et au xxe avec sa croyance
pseudo-scientifique dans le progrès, une partie des élites qui
suscitent les débats religieux. Quiconque est d’avis que la
religion est accessoire dans un monde où la question religieuse
joue un rôle de plus en plus important aura beaucoup
de mal à résoudre
raisonnablement les problèmes liés au
vivre-ensemble
des hommes.
Non seulement les thèmes liés à la foi mais la foi elle même
jouent un rôle croissant dans l’Europe agrandie. Et
indépendamment de la conviction de chacun, la part de ceux
qui pensent, ou tout au moins en ont l’intuition, que l’Europe
en tant qu’îlot des non-croyants n’a aucun avenir, et qu’une
foi bien comprise ne sépare pas et ne génère pas de conflits
mais peut rassembler les hommes dans un respect mutuel,
augmente.
L’Europe moderne
et son union
Bekir Karlıga
Professeur, docteur
Conseiller auprès du Premier ministre à Istanbul
Président du comité de coordination turc de l’Alliance des civilisations
L’Europe moderne dépasse le simple espace géographique.
C’est une expérience, une histoire, et un patrimoine
culturel. Ce dernier n’est pas le fruit d’une seule société, nation,
région, langue ou religion. Il s’est constitué et développé
durant des siècles, à partir des apports de nombreuses populations
provenant de différents espaces géographiques et
parlant diverses langues. C’est pourquoi il est, d’une certaine
manière, chinois, indien, égyptien, mésopotamien et même
américain. De la même façon, il est également chrétien, juif,
musulman, voire athée. Si toutes ces cultures n’avaient pu se
développer, la culture européenne serait-elle celle qu’elle est
aujourd’hui ? Toutefois, elle a très habilement intériorisé les
patrimoines des autres cultures ; c’est même devenu une de
ses composantes. Ainsi, ses valeurs ont gagné un caractère
universel. Quand elle a tenté d’imposer avec violence ses valeurs
à d’autres sociétés, elle n’a guère obtenu de résultats
satisfaisants. Mais lorsque ces valeurs ont été présentées
librement comme modèle, elles ont été très sollicitées.
Au cours de son histoire, elle a su trouver le juste milieu
entre les extrêmes. Se débarrassant des idéologies, elle a eu
le courage de regarder à travers différentes perspectives et
a pu alors réaliser de grandes réussites, ouvrant la voie à
l’humanité. En revanche, quand elle a été en proie à l’obscurantisme
– en particulier religieux et idéologique –, elle n’a
pu éviter de tomber à la merci d’un vandalisme destructeur.
L’Europe de l’avenir doit désormais éviter ces impasses et
avancer dans la voix de la raison. Sans égoïsme ni brutalité,
elle doit désirer et atteindre ces objectifs, non pas simplement
pour elle, mais pour l’humanité entière.
Voilà ce que j’attends de l’Europe, et c’est pourquoi
j’oeuvre avec ardeur pour que mon pays prenne place au
sein de l’Union européenne.
Friday, November 20 2009
By Europe à la Carte
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Le marathon d’Europe
Jean-François Rischard
Ancien vice-président de la Banque mondiale pour l'Europe
Comment se fait-il que les peuples d’Europe – patchwork
de tribus et de territoires en marge de régions bien plus
grandes – aient fini par développer une vision commune et
par apporter une contribution si remarquable à l’humanité ?
Au fil des années, j’ai passé au crible plusieurs explications
possibles, mais celle qui me semble être la plus
convaincante est celle d’une vision du monde
héritée des Grecs. Cette perception apparue
il y a environ trois millénaires repose sur
l’idée que la vie sur Terre est agréable,
intéressante, méritant d’être étudiée, et
que les dieux du ciel, quant à eux, ne
devraient pas être pris trop au sérieux ;
une vision qui tranche avec celle, plus
ancienne, qui considère que la vie
ici-bas est bien misérable et, en tous
points, inférieure à celle plus parfaite
menée au paradis divin tel qu’il était
imaginé dans une dimension céleste.
De manière générale, c’est en épousant
cette perception du monde nouvelle et
audacieuse que les peuples d’Europe sont parvenus
à se défaire d’une vision ancienne, corollaire,
sapant le potentiel humain : l’image de populations crédules
maintenues en rang par des dirigeants brutaux placés
au sommet de leurs hiérarchies respectives, sous prétexte
de leurs soi-disant liens de communication exclusifs avec les
hautes sphères divines.
Ainsi, tel que je vois les choses, l’Europe s’emplit de
l’oxygène qu’incarnait la perception géniale des Grecs et se
l’appropria au fil des siècles, la diffusant jusqu’à ce qu’elle
devienne le point d’ancrage du monde s’opposant à la
crédulité et à la règle de la brutalité : les deux grandes idées
de la quête empirique et de la démocratie.
Mais des millénaires de guerres incessantes ne firent
pas de ce marathon une promenade de santé. Pendant de
longues périodes, peu de coureurs restèrent dans
la course, puis l’Europe dut se défaire de deux
types de combats qui la ralentissaient. D’une
part, faire disparaître les vestiges de l’autre
perception du monde, provoquant des
guerres insensées nourries par des revendications
religieuses conflictuelles.
Elle réalisa cela au travers d’une autre
grande idée : la séparation de l’Église et
de l’État. Plus encore, l’Europe dut mettre
un terme à son réel fléau : les guerres
désespérées nourries par des revendications
territoriales rivales.
Puisque les trois premières grandes
idées ne suffirent pas à régler le problème,
l’Europe supprima la notion même de
guerre en inventant une quatrième idée : celle
de l’Europe – la première vraie union durable entre
États-nations au monde.
Alors qu’aujourd’hui nous sommes confrontés aux limites
de la planète, devant trouver des façons nouvelles en vue
de résoudre les problèmes mondiaux actuels, le temps est
peut-être venu pour les peuples d’Europe de faire à nouveau
oeuvre d’imagination et de contribuer à une nouvelle vision
du monde et à de nouvelles grandes idées qui soutiendront et
guideront l’humanité au fil de ses trois prochains millénaires.
La mystique de l’Europe
Katherine Marshall
Senior fellow at Georgetown’s Berkley Center for Religion,
Peace and World Affairs
Aimer son pays natal semble être un aspect de la condition
humaine. Cet attachement a d’autant plus de sens
aujourd’hui, alors que chaque jour nous nous déplaçons,
nous bougeons, nous décollons et atterrissons à un nouvel
endroit, aux quatre coins de la Terre ; chaque peuple et
chaque
culture devient un nouveau terrain de découverte.
Se défaire des attaches liées à notre identité et à notre lieu
de naissance peut être libérateur et positif. Mais il existe une
saveur particulière et persistante que l’on trouve dans cet
amour du « chez-soi » européen, ancré dans un espace physique
qui respire tout entier la culture et l’histoire.
Nous sommes tous saisis d’une profonde et vibrante
émotion à savourer la beauté de la Seine au soleil couchant,
avec ses péniches intemporelles passant sous les ponts ; à se
promener dans les rues de Rome où le passé et le présent
s’entremêlent ; à s’arrêter dans un village suisse où la verte
fraîcheur des vignobles contraste avec les sommets s’élevant
vers le ciel tandis que les clarines carillonnent paisiblement
en une lointaine musique ; ou encore à vibrer dans l’énergie
des rues trépidantes de Londres où les cabines de téléphone
rouges et les taxis noirs semblent demeurer des icônes
intemporelles.
Ces dimensions de l’Europe nous appartiennent à nous
tous. Mais pour les Européens, l’amour de l’Europe dépasse
la majesté sophistiquée du lieu et sa signification dans la
destinée. Et ce lien d’amour du « chez-soi » semble persister.
Une mystique européenne bien à elle engage et lie ensemble,
dans un rapport inextricable, lieu et culture. Si Dieu a créé la
Terre avec soin et affection en en façonnant chaque courbe
et chaque couleur, alors on peu Le suspecter de s’être attardé
avec émotion un peu trop longtemps en Europe pour
y créer une beauté éternelle tout en contraste.
L’Europe est avant tout un espace physique, et cet espace
semble lié à un peuple ; tout comme un lieu est lié à son histoire,
l’Europe a l’indéfinissable magie des différentes cultures
qui l’ont façonnée. La manière dont identité et lieu, ou encore
culture et destinée, sont liés est nettement en mutation. Mais
il existe un attachement tout particulier, ainsi qu’un amour du
lieu, qui semble constituer un élément durable et faire de l’Europe
ce qu’elle est, tout en la rendant différente et inimitable.
L’Europe contemporaine, une expérience pionnière
Amin Maalouf
Romancier et journaliste
De mon point de vue, l’expérience de l’Europe contemporaine
indique, pour l’humanité entière, le chemin à suivre :
mettre peu à peu derrière soi les haines accumulées, les querelles
territoriales, les rivalités séculaires ; laisser les filles et
les fils de ceux qui s’étaient entre-tués se tenir par la main et
concevoir l’avenir ensemble ; se préoccuper d’organiser une
vie commune, pour six nations, puis pour neuf, douze ou
quinze, puis pour une trentaine ; transcender la diversité des
cultures sans jamais chercher à l’abolir, pour que naisse un
jour, à partir des nombreuses patries ethniques, une patrie
éthique.
Tout au long de l’histoire, chaque fois qu’une voix s’élevait
pour dire que les différentes nations de la planète
devraient se réconcilier, se rapprocher les unes des autres,
gérer solidairement leur espace commun, envisager l’avenir
ensemble, elle a été immanquablement taxée de naïveté
pour avoir osé prôner pareilles utopies. L’Union européenne
nous offre justement l’exemple d’une utopie qui se réalise.
Elle constitue, de ce fait, une expérience pionnière, une
préfiguration plausible de ce que pourrait être demain une
humanité réconciliée, et la preuve que les visions les plus
ambitieuses ne sont pas forcément naïves.
Cela dit, l’entreprise n’est pas sans failles. Tous ceux qui
y participent expriment parfois des doutes. J’éprouve moimême,
à son endroit, certaines impatiences. Je voudrais que
l’Europe donne l’exemple de la coexistence, aussi bien entre
ses peuples fondateurs qu’à l’égard des immigrés qu’elle
accueille ; je voudrais qu’elle se préoccupe bien plus de sa dimension
culturelle, qu’elle organise bien mieux sa diversité
linguistique ; je voudrais qu’elle résiste à la tentation d’être
un « club » des nations chrétiennes, blanches et riches, et
qu’elle ose se concevoir comme un modèle pour l’ensemble
des hommes ; et je voudrais aussi qu’elle ose bâtir, sur le
plan institutionnel, une seule entité démocratique, un équivalent
européen des États-Unis d’Amérique, avec des États
dotés d’une plus grande spécificité culturelle et qui se préoccuperaient
de la défendre et de la promouvoir, mais avec
des dirigeants fédéraux élus le même jour sur l’ensemble du
continent, et dont l’autorité soit reconnue par tous ; oui, je
m’inquiète des frilosités que je perçois, et de certaines myopies
morales.
Mais ces réserves que je formule ne diminuent en rien
ma foi en la valeur exemplaire du « laboratoire » que représente
la construction européenne à l’étape cruciale où se
trouve l’humanité.
Texte sélectionné par l’auteur pour L’Europe à la carte, extrait
du livre Le Dérèglement du monde, publié chez Grasset
en 2009.
By Europe à la Carte
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Une carte de la réconciliation
Maria-Cristina Necula
Écrivain
Mon père découvrit l’Europe en tentant d’échapper à
son emprise à l’Est. Ingénieur expert en microprocesseurs
et maître de conférences à l’université polytechnique de
Bucarest, on l’autorisa, en janvier 1985, à traverser le rideau
de fer afin de se rendre à un séminaire à Londres. Nourri de
rêves d’évasion d’une Roumanie qui avait exploité ses talents
tout en l’écrasant pour le conformer aux règles du parti
communiste, il posa le pied sur le sol britannique et passa à
l’Ouest. Ne pouvant demander un visa pour les États-Unis
depuis le Royaume-Uni, il se rendit à Vienne. Il évita savamment
les camps de réfugiés roumains – d’où les prêtres
avaient « l’habitude » d’exercer les fonctions d’informateurs
pour la Securitate (la police secrète roumaine) – et tenta de
se fondre dans la vie viennoise, travaillant à temps partiel à
l’université technique de Vienne tout en attendant son visa
américain. Pour lui, Vienne devint alors une salle d’attente
inhospitalière marquée par la solitude, la peur malgré la
gentillesse occasionnelle de quelques connaissances, et le
traitement absurde de quelques ambassades européennes
qui rejetaient ses tentatives de demande de refuge dans les
pays qu’elles représentaient, exigeant l’accord préalable de
l’ambassade de Roumanie.
À l’est du rideau de fer, ma mère eut à subir une attente
qui dura deux ans et demi ; une attente aussi tourmentée
que ces nuits pendant lesquelles les habitants de Bucarest
n’avaient ni eau ni électricité, particulièrement les femmes
considérées par le régime comme épouses de traîtres. La
sonnerie du téléphone devint le son de la terreur, telle une
expérience visant à conditionner des rats par décharges
électriques. Chaque semaine, le coup de téléphone redouté
convoquait ma mère au quartier général de la Securitate, où
on la faisait pénétrer dans une salle d’interrogatoire pour être
confrontée à des jeux psychologiques de degrés variés. Cela
allait de : « Ton mari t’a abandonnée, toi et ton enfant, car cet
enfant n’est pas de lui : tu es une pute ! » en passant par « Il
aura peut-être un accident de voiture » à « Nous savons que
c’est un type bien ; nous lui pardonnerons s’il revient » ou
encore « Vous êtes sûre qu’il va bien ? Il fait la manche sous
les ponts », « Il s’est trouvé une autre femme » : telles étaient
les variantes sur les thèmes hebdomadaires que ma mère entendit
une année durant, tout en rédigeant des déclarations
pour répondre aux deux mêmes questions : « Comment s’estil
échappé ? », « Étiez-vous au courant de ses projets ? »
Calmant ses peurs du mieux qu’elle le pouvait, ma mère
ne me fit jamais sentir ne serait-ce qu’un soupçon de terreur,
tout en essayant de me préserver une vie joyeuse et en
m’emmenant à l’opéra. Nous nous sommes assises dans les
fauteuils de l’opéra de Bucarest, le 15 mai 1985, et M. Mozart
apaisa nos âmes. Cette représentation de Le Nozze di Figaro
constitua le premier pas vers un monde magique qui devint
une réalité alternative nécessaire et agréable, tandis que
nous attendions de retrouver mon père qui, après neuf mois
d’attente à Vienne, débarqua enfin à New York.
Plus de cinquante interrogatoires et de cent représentations
à l’opéra plus tard, la lettre arriva. C’était une
lettre signée par quarante-quatre membres du Congrès
des États-Unis demandant notre libération, et adressée
personnellement à Ceaucescu – le dernier effort décisif de
mon père qui nous permit de nous défaire des griffes du
régime. La lettre nous permit, ma mère et moi, de quitter la
Roumanie et d’entrer aux États-Unis, où nous pûmes commencer
une nouvelle vie, loin de l’Europe, mais nos racines
étaient toujours très ancrées là-bas. Pour ma mère et mon
père, cela voulait dire tout reprendre à zéro à l’âge respectif
de 45 et 47 ans, en laissant derrière eux une vie de restriction
et la vision d’une Europe divisée au sein de laquelle l’Est se
languissait d’accéder au niveau de vie de l’Ouest et à une
diversité de choix.
La route menant mes parents à leur épanouissement
personnel et professionnel fut celle qui contourna l’Ancien
Continent pour frayer de nouveaux chemins au travers
de la géographie d’une culture et d’un paysage étrangers.
Aujourd’hui, leurs pas résonnent, par leurs nombreux
voyages, sur l’ensemble de la carte d’Europe ; des voyages
qui sont autant d’explorations à la découverte de l’Europe
que de périples menant à la réconciliation avec le passé.
Du conte de fées à l’espoir
Maria-Cristina Necula
Enfant, ma vision de l’Europe était celle d’une Europe
partagée entre rêve et réalité. Je vivais derrière le rideau de
fer. Les pays situés derrière ce rideau semblaient être des
pays de contes de fées où planaient les douces senteurs enivrantes
des parfums de Nina Ricci et du chocolat Toblerone
– les rares produits occidentaux qui parvenaient occasionnellement
jusqu’à la Roumanie. J’ai vécu avec une idée de
l’Europe tel un mythe façonné par ma fascination pour la
mythologie grecque. Son image, sous les traits d’une femme
magnifique aimée et kidnappée par Zeus, donnait une touche
d’émerveillement à l’idée que je me faisais de la vie là-bas.
Mais l’idée de l’Europe en tant que continent et globalité
s’est présentée à moi alors que je m’en trouvais à des
milliers de kilomètres, lorsque je suis arrivée aux États-Unis
avec mes parents. À 12 ans, j’ai finalement appris ce qu’était
le rideau de fer et à 14, collée sur CNN, je regardais le rideau
s’effondrer et produire un « effet domino » dans toute
l’Europe orientale. Après l’université, j’ai vécu un an en
Roumanie : une Roumanie sans rideau de fer, aux yeux écarquillés,
désorientée. Puis au cours de séjours successifs, je
l’ai vue se rapprocher de l’intégration à l’Union européenne,
avec timidité et parfois maladresse.
Mes voyages suivants m’emmenèrent dans les contrées
magiques dont j’avais rêvé enfant, celles de cette magnifique
Europe aimée de Zeus. Au cours des vingt ans qui séparent
la révolution de la Roumanie d’aujourd’hui, j’ai observé ce
personnage mythique étendant les bras de part et d’autre du
vibrant fossé laissé par le rideau de fer, embrassant les manifestations
de son évolution dans toute sa partie orientale.
Quand la Roumanie fut finalement acceptée dans son
sein, j’ai réalisé ce que l’Europe avait avant tout symbolisé à
mes yeux durant toutes ces années : l’espoir.
Soutenir et acclamer l’Europe
Ulf Gartzke
Directeur de la Fondation Hanns-Seidel à Washington
Ayant grandi en Allemagne de l’Ouest dans les années
1980, je me souviens très clairement d’avoir demandé à mes
parents si je devais soutenir les athlètes d’Allemagne de l’Est
et les acclamer pour les nombreuses médailles qu’ils avaient
récoltées au cours des jeux Olympiques successifs. Bien que
ni mon père ni ma mère n’eussent espoir que l’Allemagne ne
se réunisse un jour, leur réponse fut univoque : « Oui, nous
sommes un seul et même peuple. »
Enfant, la question de savoir qui soutenir durant les
grands événements sportifs internationaux constitua certainement
ma première interrogation sur la notion d’identité
nationale. Le questionnement en lui-même était assez simple :
« Qui fait partie de l’équipe, et n’en fait pas partie ? » Mais,
bien évidemment, le questionnement avait été rendu bien plus
compliqué par le fait que l’Allemagne était divisée en deux
États antagonistes et hostiles depuis plus de quarante ans.
Aujourd’hui, à l’approche du 20e anniversaire de la chute
du mur de Berlin, il est étonnant de voir combien l’Europe
a évolué au cours des deux dernières décennies. La guerre
froide est finie, l’Allemagne est réunifiée, et le projet d’Union
européenne a étendu avec succès la communauté de nations
libres et démocratiques jusqu’à inclure de nombreux
membres de l’ancien pacte de Varsovie. Dans le même
temps, nous avons assisté à l’émergence d’une authentique
identité européenne se manifestant en un attachement à des
valeurs communes qui nous sont chères. Il est certain qu’en
temps de crise, et de tourment économique en particulier,
les États-nations demeurent aux commandes de l’ultime
allégeance de la plupart des citoyens. Et il va de soi que,
au cours des futurs jeux Olympiques et des événements
sportifs internationaux, mes jeunes enfants soutiendront
certainement les athlètes représentant l’Allemagne.
Toutefois, je dirai également à mes enfants, quand il s’agit
de l’Europe : « Nous sommes un seul et même continent
composé de différentes nations partageant une même histoire,
des valeurs communes et, enfin, une même destinée. »
Il est important, pour nous tous, de soutenir et d’acclamer
l’Europe.
Mon Europe
Andras Löcke
Rédacteur en chef adjoint du journal hongrois Nepszabadsag Zrt.
Dans ma jeunesse, il y avait deux Europe. Il y avait la
nôtre, la pauvre Europe de l’Est, et l’autre, l’Ouest, qui brillait
de mille feux. La plupart des jeunes, en Hongrie, tout comme
moi, ne connaissaient pas l’Ouest. Nous autres, les habitants
des « casernes les plus joyeuses » à l’Est, avions deux passeports
: avec le passeport rouge, nous pouvions voyager dans
les pays de l’Est, chez nos camarades, quand nous le souhaitions.
Avec l’autre, le passeport bleu, nous pouvions voyager
à l’Ouest, dans la plupart des pays du monde d’ailleurs, mais
nous ne pouvions recevoir qu’un seul visa de sortie tous
les trois ans. C’était le meilleur arrangement trouvé avec le
bloc de l’Est. Dans la République démocratique allemande
d’Honecker, seuls les retraités étaient autorisés à voyager
à l’Ouest.
Je me souviens encore de mes premières vacances
à l’Ouest en 1979, j’avais 17 ans. J’avais fait du stop pour
aller chez mon cousin, un transfuge originaire de Hongrie
communiste qui avait acquis par la suite la nationalité
allemande.
Nous avons voyagé ensemble de l’Allemagne de
l’Ouest à l’Espagne. Pour effectuer le trajet, j’avais besoin
d’un visa d’Allemagne de l’Ouest, d’un visa français et d’un
visa espagnol. En Espagne, nous nous sommes beaucoup
disputés sur la manière dont nous voulions passer nos vacances.
La petite amie de mon cousin, une Allemande qui
avait une bonne vingtaine d’années, voulait rester s’amuser
sur la plage au soleil. Moi, de mon côté, je voulais courir de
ville en ville, de musée en musée, car je voulais tout voir de
l’Espagne, je n’avais que deux semaines, et que je n’aurais
pas l’occasion de revenir à l’Ouest d’ici avant les trois prochaines
années.
Les changements engendrés en Hongrie par la transition
du communisme à la démocratie ont été lents et graduels ; il
n’y eut pas, selon moi, de moment cathartique. Toutefois, il y
eut des moments cathartiques qui me mirent les larmes aux
yeux, comme la chute du mur de Berlin ou encore l’effondrement
du régime de Ceaucescu, le plus odieux dictateur
d’Europe de l’Est.
Lors de mon premier voyage aux États-Unis, j’ai réalisé
qu’il existe bel et bien une « Européenité ». J’ai réalisé que
les Portugais et les Hongrois, les Polonais et les Néerlandais
ont davantage en commun de ce que les Européens ont
avec les Américains. Nous, les Européens – par rapport aux
Américains –, semblons avoir un plus grand sens de la responsabilité
sociale. Nous avons également davantage tendance
à penser que telle ou telle chose tient du devoir de l’État.
Mais j’ai aussi pu me rendre compte que nous, Américains
et Européens, avions plus de choses en commun qu’avec le
reste du monde. Nous aimons la réflexion scientifique et ce
que nous nous plaisons à appeler le « développement ».
Aujourd’hui, les jeunes ne se souviennent même pas de
l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest ; ils ne savent pas ce qu’était
le rideau de fer ; et ils peuvent voyager en Espagne sans visa
ni passeport. Environ quatre cent mille de mes compatriotes
travaillent dans les vieux pays de l’Union européenne, c’està-
dire l’Europe de l’Ouest.
La majeure partie de la finance et de l’industrie hongroise
est entre les mains de l’Europe de l’Ouest. À présent,
l’Europe ne fait plus qu’une, même si d’anciennes divisions
est-ouest persistent dans une moindre mesure. Nous, à
l’Est, sommes les employés ; eux à l’Ouest, les employeurs.
Nous – les pauvres – sommes les dépensiers irresponsables,
tandis qu’eux sont les sages financiers, nourris de l’éthique
protestante.
La crise économique a bouleversé l’Europe tout entière
et le continent ne sera jamais plus le même. Toutefois, vu
de l’Est, l’Ouest demeure le foyer de la normalité qui nous
manque tant.
Saturday, November 14 2009
By Europe à la Carte
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L’état d’esprit européen
Craig Kennedy
Président du German Marshall Fund of the United States
La politique, au sein de l’Union européenne, est marquée
de manière inhérente par le conflit et la tension. Toutefois,
cela ne doit pas obscurcir le fait que l’on assiste en Europe
à l’émergence d’une vraie mentalité continentale, transcendant
les nationalités individuelles et le nationalisme.
Elle n’est pas définie de manière aussi cohérente qu’aux
États-Unis, mais il y a un sens grandissant, chez les jeunes
comme chez les vieux, de ce que veut dire être européen et de
ce que l’Europe représente en tant que concept politique.
Pour les pays situés à l’extérieur de l’Europe, et plus particulièrement
pour les États-Unis, ce sens de « Européenité »
peut décevoir, et même devenir inquiétant. Bien sûr, cet
engagement nouveau dirigé vers une « voie européenne » indépendante
dans les affaires internationales est susceptible
de devenir une source de problèmes pour la relation transatlantique.
Mais étant donné les tensions et les conflits qui
ont marqué l’histoire de ce continent, le monde, quoi qu’il en
soit, bénéficiera de ce sentiment d’unité grandissant.
La liberté triomphe
Paula Jon Dobriansky
Ancienne sous-secrétaire d’État à la Démocratie
et aux Affaires mondiales de l’Administration Bush
Le jour de la chute du mur de Berlin, les journaux
rapportèrent que des foules de gens – jeunes, vieux,
Allemands et étrangers – se retrouvèrent au pied du mur, y
peignant le mot « Liberté » tout en démolissant les restes de
l’édifice de fer et de béton érigé par la guerre froide.
Pour nous, qui suivions les événements
depuis l’Ouest, ces anecdotes demeurèrent
les images les plus marquantes. De mon
côté, ce qui se passa à Berlin ce jour-là
me marqua profondément sur un plan
personnel. C’était la fin d’un voyage, qui
avait commencé avec le long combat que
mon père avait lancé dans les années 1950
pour la dignité et la liberté. Mon père, le
Dr
Lev Dobriansky, célèbre dirigeant et
auteur ukraino-américain, était bien sûr
désireux de voir une Ukraine indépendante
se saisir de son droit le plus strict à se forger
une place dans la grande famille des nations
européennes. C’était un fervent patriote et un
partisan de la liberté et de la dignité humaine, et il
avait instillé en moi la conviction la plus inébranlable selon
laquelle les êtres humains veulent plus que tout être libres,
et que ce profond désir de liberté et de dignité triompherait
de la tyrannie.
Au fil des décennies, avant mais aussi après la chute
du mur, les valeurs défendues par l’Europe et l’Amérique
ont établi des fondations solides sur lesquelles nous
avons construit des structures fortes qui nous ont servi à
concrétiser notre coopération.
La liberté a triomphé. Nous avons constitué, et nous
demeurons aujourd’hui, des partenaires cruciaux dans
l’élaboration d’une Europe unifiée, libre et pacifiée. Alors
que la fin de la guerre froide a constitué une étape majeure
vers l’atteinte de cet objectif, l’histoire nous a, par la
suite, montré que ce n’était pas l’étape finale. Nous avons
étendu cette collaboration afin d’implanter la paix dans les
Balkans. Notre partenariat s’étend bien au-delà de l’Europe.
Chaque jour, nous nous allions dans notre combat contre
le terrorisme, et coopérons à l’échelle mondiale dans des
domaines allant de l’assistance humanitaire au commerce
international, en passant par le changement climatique et
la non-prolifération.
Nous faisons également partie de la plus grande alliance
économique au monde. Si les débats sur de nouvelles intégrations
ont été le lot quotidien de l’évolution de l’Europe au
cours de ces dix dernières années, ces débats ont également
marqué les relations entre les États-Unis et l’Europe. Les
objectifs énoncés par le Nouvel Agenda transatlantique de
1995 demeurent les mêmes : promouvoir la paix, la démocratie
et le développement dans le monde, étendre les principes
du commerce international, réagir face aux défis mondiaux
et établir des ponts par-dessus l’Atlantique.
Au xxie siècle, cette relation ne va pas seulement
se poursuivre, elle va continuer de
s’intensifier. Je suis consciente de l’importance
du lien historique fort qui fonde les
valeurs et les objectifs que nous partageons
et qui constitue la base de notre
relation transatlantique, et je m’engage à
le maintenir.
La quête commune de l’Europe
Michael Adams
Président de l’université Fairleigh Dickinson
Président élu de l’Association internationale des présidents d’université
À l’université Fairleigh Dickinson, nous préparons nos
étudiants à devenir des citoyens du monde capables de saisir
les opportunités et les dangers d’une vie dans un monde
toujours plus interconnecté, et en mesure de collaborer
avec des partenaires originaires d’autres pays et issus
d’autres cultures. Toutefois, les sceptiques clament que les
liens nationaux supplantent toute autre considération et que
nous vivrons à jamais dans un monde divisé entre « eux »
et « nous ». Je leur dis qu’il y a de l’espoir. Je leur dis qu’il
existe
déjà un endroit où des rivalités nationales farouches
ont été réduites, où des manifestations de citoyenneté plus
ouvertes apparaissent, et où une génération grandit en
parvenant à créer un confortable équilibre entre racines
nationales et engagements supranationaux. Cet endroit,
c’est l’Europe.
La formation de l’Union européenne est le fruit d’un
développement rare et magique dans l’histoire de l’humanité.
Des rivaux acharnés qui s’étaient encore très récemment
entre-déchirés se sont engagés à s’unir afin de servir
leurs intérêts communs. Tandis que l’Union européenne
grandissait et évoluait, des droits et des devoirs spécifiques
se sont développés et ont supplanté les intérêts nationaux
individuels. Dans le même temps, des traditions culturelles
continuent à se perpétrer, prouvant ainsi que l’intégration ne
mène pas à la destruction des identités et cultures locales.
Le sens du compromis et de la coopération à la base de
l’Union européenne constitue une promesse à l’égard de
ceux qui cherchent à s’unir pour vaincre les problèmes qui
frappent l’ensemble des hommes. De la même manière que
des considérations politiques et économiques ont pu être à
la source d’alliances entre les nations, aujourd’hui les défis
mondiaux et les crises poussent notre réflexion au-delà des
frontières de nos nations, et nous conduisent à prendre en
compte la planète entière. Et bien que nous n’ayons ni le
besoin ni le désir de créer de manière formelle une union
planétaire, nous avons, de toute évidence, besoin d’une
conscience mondiale commune. Pour atteindre ce but,
l’Union européenne nous offre, par son exemple d’unité, une
source d’inspiration. Elle oeuvre également à la construction
d’un pont érigé vers un avenir où les citoyens du monde
pourront s’allier ensemble dans leur quête commune pour
la sécurité, la liberté et la justice.
Tuesday, November 10 2009
By Europe à la Carte
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L’Europe s’ennuie.
Un besoin d’Europe de l’autre côté de la Méditerranée
Bassma Kodmani
Directrice de l’Initiative arabe de réforme
L’Europe s’ennuie mais elle ne le sait pas. Ses citoyens
vivent confortablement et longtemps. On leur a dit que le
bonheur, c’était la satisfaction de leurs besoins et envies
personnels, et que le projet européen était de réussir la
construction de l’entité Europe. Mais l’individu, pour être
heureux, a besoin d’un projet plus grand que lui-même, et
l’Europe ne s’accomplira qu’en se projetant dans un avenir
plus universel. De l’autre côté de la Méditerranée,
il y a un besoin d’Europe. Besoin politique, économique,
culturel. De la Turquie au Maroc et de l’Égypte à la Palestine,
les gouvernements et les sociétés trouvent que la promesse
d’Europe tarde à se réaliser. En attendant, les individus
cherchent désespérément à y accéder. En répondant à cette
attente, l’Europe ne sera pas seulement plus généreuse. Elle
sera plus heureuse.
Pour une CECA migratoire
Hakim el-Karoui
Directeur chez Rothschild Banque, fondateur et président du Club du xxie siècle
La force de l’Europe est d’avoir su inventer, par le génie
de Jean Monnet, des façons nouvelles d’unir les hommes.
Or, l’un des enjeux clefs du xxie siècle sera de faire vivre en
bonne intelligence un monde occidental inquiet et un monde
arabo-musulman à la recherche d’une identité. L’Europe,
par sa géographie, son histoire et sa culture, est l’espace
politique le mieux placé pour favoriser le dialogue et la compréhension
mutuelle avec l’aire arabo-musulmane. Reste à
imaginer des solutions à la mesure de la déclaration de Robert
Schuman du 9 mai 1950 qui affirmait : « La paix mondiale ne
saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure
des dangers qui la menacent. La contribution qu’une
Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation
est indispensable au maintien des relations pacifiques. »
Le premier fruit de ces efforts créateurs fut l’établissement
de « solidarités de fait » fondées sur des intérêts
mutuels. Il faut s’inspirer de ce glorieux exemple pour
identifier des complémentarités et trouver un mécanisme
d’échange équilibré. L’Europe vieillit et a besoin
d’immigrés. Le Maghreb est jeune, il commence à former
des diplômés en nombre et a un besoin urgent de
cadres expérimentés pour transmettre leurs savoir-faire.
Une CECA (Communauté européenne du charbon et de
l’acier) migratoire permettrait de gérer en commun les
migrations,
avec ouverture contrôlée des frontières pour les
jeunes maghrébins diplômés, et l’expatriation nombreuse,
financée et coordonnée de cadres européens, pour un transfert
de technologies dans les administrations et les projets
privés. Tout le monde serait concerné, y compris des seniors
à la retraite ou en préretraite, ce serait une excellente opportunité
de poursuivre leur activité tout en formant de futurs
jeunes talents.
L’idée peut paraître provocatrice au regard des craintes
en Europe liées à l’immigration musulmane. Mais, à moyen
terme, les Européens comprendront qu’ils ont plus d’affinités
avec les Maghrébins – qu’ils côtoient depuis l’Antiquité –
qu’avec par exemple l’Asie. Sur le modèle de la Commission
européenne, une Haute Autorité des migrations euroméditerranéenne
(HAME) serait chargée de définir l’intérêt
général commun des pays adhérents avec un pouvoir par
conséquent supranational.
Jean Monnet disait : « Les propositions Schuman sont
révolutionnaires ou elles ne sont rien. Leur principe fondamental
est la délégation de souveraineté dans un domaine
limité mais décisif. » Ce qui était vrai pour l’Europe hier est
vrai pour l’Euro-Méditerranée aujourd’hui. Là réside peutêtre
l’identité de l’Europe, celle qu’en tout cas j’appelle
de mes voeux : la capacité constante d’invention.
Pour que l’Europe retrouve son sud
André Azoulay
Conseiller du roi Mohammed VI
Président de la fondation euro-méditarranéenne Anna Lindh
Quand, depuis Rabat ou Essaouira, nous regardons au
nord, c’est d’abord sur vos rivages en Europe, nourris par
des siècles de destinée commune, que nos regards se posent.
Nous, Marocains, nous le savons et nous sommes nombreux
à avoir intégré sans état d’âme cette dimension
plurielle dans l’écriture et la lecture de notre histoire. Nous
l’avons fait pour certains, par romantisme, pour d’autres,
par réalisme, mais en aucun cas, nous n’avons été tentés par
une identité fracturée, qui se serait forgée un peu lâchement,
au gré des vicissitudes de l’instant.
Et pourtant, sommes-nous à ce point amnésiques pour
avoir oublié que, pendant trois ou quatre millénaires, les migrations
ont fait au nord comme au sud l’histoire, la richesse
et l’unité de la Méditerranée ? Cette Méditerranée qui n’a
jamais cessé d’attirer des peuples venus d’ailleurs.
Cette Méditerranée qui, grâce à la circulation des
hommes et des valeurs, a constitué l’espace social, culturel
et spirituel le plus fécond, le plus créatif et le plus audacieux
de tous les temps.
Il en est d’ailleurs des hommes, comme du reste.
Qui sait encore se souvenir que ces fruits d’or, oranges ou
citrons, identifiés à nos régions, sont des étrangers extrêmeorientaux
arrivés en Méditerranée par les Arabes.
L’eucalyptus, au nom bien grec, a pourtant un passeport
australien et le cyprès est d’identité persane, comme la tomate
est péruvienne et le piment guyanais.
Pourtant, tout cela est devenu le paysage même de la
Méditerranée.
Peut-on imaginer l’Andalousie sans oranges ou la
Toscane sans cyprès ?
Si donc l’on dressait le catalogue des hommes de la
Méditerranée, ceux nés sur ses rives ou ceux qui ont navigué
sur ses eaux, puis tous les nouveaux venus qui tour
à tour l’ont envahie, n’aurait-on pas la même impression
qu’en dressant la liste de ses plantes et de ses fruits ?
Ce constat est heureusement celui du passé.
Un passé certes récent, mais désormais sublimé par la
perspective historique de l’Union pour la Méditerranée. Une
Union qui, pour la première fois dans les annales de l’histoire
contemporaine, nous propose un futur qui sera celui
d’une destinée commune qui apportera la réponse la plus
cohérente, la plus lucide et la plus réaliste aux défis politiques,
économiques et humains auxquels est confronté ce
grand arc de nations et de peuples qui vont du détroit de
Gibraltar aux confins du golfe Persique.
Chacun y trouvera son compte et l’Europe, chemin
faisant, aura alors retrouvé son sud, pour proposer à la communauté
des nations l’espace reconquis et réconcilié de tous
les possibles et de toutes les richesses.
Friday, November 6 2009
By Europe à la Carte
|
L’Europe et le monde arabe
Les complémentarités
Amr Mahmoud Moussa
Secrétaire général de la Ligue des États arabes
Ancien ministre égyptien des Affaires étrangères
Entre les rivages de l’Europe et du monde arabe s’étend
la « Medi-terra-née », c’est-à-dire le milieu de la terre…
Pendant des années, voguèrent sur ses vagues des bateaux
remplis d’étudiants et des bateaux remplis de soldats ; des
bateaux de fruits et des bateaux d’armes à feu ; ceux qui recherchent
la connaissance et le pain ; et ceux qui cherchent
la guerre et l’or. Ce flot fit naître une relation amoureuse et
conflictuelle, ainsi qu’une symbiose infinie de couleurs, de
création et de vivacité.
Situé au milieu de la mer alors la plus empruntée, le
monde arabe avait toujours incarné un partenaire clef de
l’Europe. Le traité signé entre Charlemagne, roi des Francs,
et Haroun al-Rachid constitue le meilleur exemple pour
comprendre ce partenariat. Ce traité donna naissance
à des accords diplomatiques et commerciaux, si bien
que, à la fin du Moyen Âge, des capitales commerciales
émergèrent parmi lesquelles Gênes, Venise, Pise et Amalfi
en Italie, Marseille en France ou Barcelone en Espagne, mais
également une chaîne de ports prospères tels qu’Alexandrie,
Beyrouth, Tunis, Tripoli et Istanbul. Ces villes servaient de
ports de commerce et de transit entre l’Europe et l’Orient,
mais constituaient également une destination finale pour les
caravanes en provenance d’Afrique et d’Asie.
Le commerce constitua un facteur de rapprochement,
mais il eut également un impact décisif sur la mobilité des
peuples, la promotion des échanges culturels et en influençant
la vie quotidienne. Par ailleurs, il fut le moteur d’une
meilleure ouverture sur les autres cultures et permit un
transfert technique, intellectuel et scientifique.
« Quand la science parlait arabe » était une métaphore
utilisée jusqu’à la Renaissance, à l’époque où de grands penseurs
tels que Gérard de Crémone et Roger Bacon parlaient
arabe et où les écoles de médecine en Europe basaient leurs
programmes sur les travaux d’Avicenne.
La science ainsi que l’acquisition et la transmission des
lumières constituaient le projet des institutions arabes, qui
avaient gagné le respect de l’Europe en cultivant non seulement
les valeurs universelles telles que la tolérance et la
justice – appelées aujourd’hui droits de l’homme –, mais encore
la réflexion scientifique et les principes de commerce,
qui étaient alors des sujets d’admiration pour l’Europe. Ce
ne fut pas par coïncidence que Hegel déclara des siècles
après : « Cette science et cette connaissance ont été amenées
en Occident par les Arabes. »
Basons notre travail d’aujourd’hui sur des traités
comme ceux de Charlemagne et d’Haroun al-Rachid. Les
origines de cette vision occidentale ancienne portée sur les
accomplissements et les valeurs arabes devraient renforcer
notre dialogue aujourd’hui. Les Arabes et les Européens
traversent une phase historique du dialogue interculturel,
avec pour objectif la restauration d’une confiance mutuelle
et la création d’un monde d’harmonie où la coexistence
constitue la base de notre avenir commun.
L’arbre de la civilisation
Son Altesse Royale, le prince Turki al-Faisal
Fondateur et administrateur de la King Faisal Foundation
Ancien ambassadeur du royaume aux États-Unis
L’Europe constitue l’entrepôt et la chambre d’incubation
de ce qui émane du Moyen-Orient. L’Europe incarnait, et
incarne toujours, la banque dans laquelle le Moyen-Orient
puisait et continue de puiser ses idées, sa technologie et
son savoir-faire. Les Grecs, premier peuple européen de la
culture, s’inspirèrent de la culture pharaonique, phénicienne
et perse, héritage qu’ils transmirent ensuite à la culture
romaine, qui la légua enfin, en retour, aux peuplades
du
Moyen-Orient. Ils tirèrent leur alphabet de Phénicie, et
Euclide et Archimède, tout comme Socrate et Aristote,
eurent pour maîtres l’Égyptien Imhotep, Hammourabi et
Xerxès. De l’Anatolie à la Syrie, en passant par l’Arabie
nabatéenne à l’Afrique du Nord, l’architecture et l’artisanat
gréco-romains marquèrent le paysage.
Lorsque les Arabes musulmans supplantèrent les
Empires byzantin et perse aux viie et viiie siècles, ils distillèrent
la culture byzantino-perse au travers de la traduction
des textes et érigèrent les éléments fondateurs de ce qui
devint la Renaissance européenne depuis l’Andalousie,
la Sicile, les Balkans et Venise. Ce fut Ibn Sina (Avicenne),
Ibn Rushd (Averroès), Ibn al-Haytham et Al-Khwarazmi
qui enseignèrent aux Européens la logique socratique et
aristotélicienne, la médecine hippocratique et la géométrie
euclidienne. Ils introduisirent en Europe les chiffres arabes,
y compris le concept du « zéro », l’algèbre et les logarithmes,
mais également la dissection des cadavres, les lentilles de
verre, les clepsydres, les astrolabes et la boussole, le papier
et la poudre à canon, les soies chinoises et la porcelaine, le
brocart et l’acier de Damas.
L’architecture arabo-musulmane, l’irrigation, les plantes
et l’herbologie, les médicaments et la pharmacologie sont
tous arrivés en Europe par la péninsule ibérique, les croisades
et la Sicile normande. Les Ottomans, quant à eux,
introduisirent en Europe le café et les chocolats, et le fez
marocain devint à la mode à Vienne et à Cracovie, et ce
durant tout le xviie siècle. Le pape Sylvestre II, qui introduisit
les chiffres arabes en Europe, était surnommé le pape
musulman. Thomas d’Aquin, Bacon, Galilée, Copernic et
Descartes reçurent les enseignements des savants arabomusulmans,
et se fondèrent sur leurs travaux.
Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Les Arabes et les
musulmans émigrent en Europe pour y trouver un emploi et
un moyen de subsistance. Les étudiants en provenance de
terres arabes et musulmanes recherchent la connaissance et
le savoir-faire dans les universités européennes.
La science et la finance, la philosophie et la religion, sont
l’objet d’un échange perpétuel. L’Europe et le monde arabe
ont tissé un lien ombilical.
L’Europe : continent ou déesse ?
Ghida Fakhry-Khane
Présentatrice du journal télévisé de la chaîne Al-Jazeera
Dans les écoles de par le monde, on enseigne aux étudiants
que l’Europe est un des cinq continents du monde et
pourtant, l’Europe est probablement le seul qui ne soit pas
un continent, mais une idée qui a évolué au cours de l’histoire.
Aujourd’hui peut-être plus que jamais, elle reste une
idée – grandiose et potentiellement noble.
Pourtant, cette notion d’Europa est une réussite en soi,
l’Europa ayant un passé fragmenté et particulièrement sanglant.
En voyant l’unité de l’Europe aujourd’hui, il est difficile
d’imaginer que, à un moment donné, l’Europe était composée
d’une myriade de tribus, divisées par leur langue, leur culture
et leur ethnicité. Plus tard, pendant les guerres coloniales, les
pouvoirs européens ont continué de se battre. L’Europa a été
le théâtre de la guerre de Cent Ans et le chaudron des deux
guerres mondiales. Ainsi, il est inimaginable que l’Europe se
soit transformée en ce qu’elle est aujourd’hui.
Toutefois, le débat sur l’expansion de l’Union européenne
dénonce le fait que l’Europe n’est pas exclusivement la
réussite d’un processus endogène et interne, mais la culmination
de faits historiques et ancestraux au cours desquels
les emporiums européens se sont tournés vers l’extérieur
pour élargir leur pouvoir, coloniser des peuples et s’enrichir.
L’Empire grec s’est tourné vers l’est pour atteindre les
confins de la Perse, de l’Inde et de l’Afghanistan. L’Empire
romain a regardé vers le sud et a subjugué l’Afrique du Nord.
Les Espagnols et les Portugais sont allés vers l’ouest pour
coloniser l’Amérique centrale et du Sud, et, dans un passé
plus récent, les Empires français et britannique sont allés à
la conquête de l’Amérique du Nord, de l’Afrique et des régions
de l’Asie. Et ne l’oublions pas, les armées islamiques
ont occupé l’Espagne et la moitié de la France, atteignant la
ville de Poitiers au viiie siècle, et se sont presque emparées de
Vienne au xviie siècle.
Ces conquêtes impériales et entreprises coloniales
peuvent
être considérées, à certains égards, comme ce que
nous appelons, dans le langage courant, les précurseurs de
la mondialisation.
L’introduction de la foi comme un critère d’adhésion à
l’Union européenne a beaucoup choqué en Europe, habituée
à la séparation de l’Église et de l’État. L’argument le plus
convaincant à opposer à la volonté de la Turquie d’adhérer
à l’Union européenne a peut-être été que, malgré sa petite
enclave européenne, la Turquie fait partie du continent
asiatique et, par conséquent, n’est pas « européenne ». Mais
alors, comment peut-on expliquer sa participation pleine et
entière depuis 1949 dans le Conseil de l’Europe ? Qu’est-ce
que cela signifie pour le Kosovo, l’Albanie ou la Bosnie-
Herzégovine ? Et que dirait-on des pays membres de l’Union
européenne dans lesquels une majorité de la population
est, ou peut devenir essentiellement athée ou agnostique ?
Cesseraient-ils vraiment d’être européens ?
L’Europa devrait rester une déesse, fidèle à ses nobles
idées d’unité et de progrès, plutôt que de succomber aux
concepts étrangers à ses actes fondateurs. Si elle le fait, l’Europe
pourra être fière d’être le seul continent qui soit une
grande idée, et pas simplement une plaque tectonique.
Tuesday, November 3 2009
By Europe à la Carte
|
La puissance de l’exemple
européen
Ban Ki-moon
Secrétaire général des Nations unies
L’ancienne division « Est-Ouest » de l’Europe a cédé la
place, il y a deux décennies, à l’Union européenne moderne.
Plus qu’une notion géographique, l’Europe est ainsi devenue
une idée ‑ un idéal même ‑ du pouvoir d’intégration comme
moteur de la prospérité et des avancées sociales.
Ce brillant succès a inspiré le reste du monde. Les Latino-
Américains et les Nord-Américains ont longtemps rêvé de
créer une zone de libre-échange. L’Union africaine aspire à
devenir davantage qu’une collection d’États ; certains parlent
même des États-Unis d’Afrique. C’est seulement en Asie, et
plus particulièrement en Asie du Nord-Est, malgré son dynamisme,
que cette idée n’a pas eu d’emprise. Pourquoi ?
Je pourrais réciter la litanie habituelle des raisons, des
différences historiques et culturelles aux discordes territoriales
et politiques irrésolues, ou encore la présence de
deux centres de pouvoir sur le continent. Mais la raison
principale, c’est que nous n’avons pas essayé. En tant que
secrétaire général asiatique, j’espère pouvoir assister à ce
changement. J’espère qu’un jour je verrai l’Asie à la fois
plus intégrée et plus engagée sur le plan international, plus
prompte à mettre à contribution ses talents et les savoirfaire
qu’elle a développés au cours de son histoire afin de
s’impliquer dans la résolution des problèmes mondiaux les
plus urgents à ce jour.
En d’autres mots, j’espère voir une Asie qui reconnaîtra
la puissance de l’exemple européen. Mais cela n’est pas
seulement mon souhait, c’est le devoir de l’Asie.
Une vision chinoise de l’Europe
Pan Guang
Directeur et professeur au Centre d’études internationales
de Shanghai
L’Europe est un concept pluriel en constante mutation, non seulement pour moi mais également pour la majorité des Chinois, je pense. L’Europe dans l’histoire. La route de la soie constitua le premier lien entre l’Europe et la Chine, marquant le point de départ d’une relation historique à deux facettes, qui commença plus ou moins sur un pied d’égalité. Quand Marco Polo parcourut la route de la soie jusqu’en Chine, il trouva une Chine prospère et bien gouvernée, apparemment plus évoluée que l’Europe sous plusieurs aspects. Toutefois, quand les vaisseaux de guerre européens atteignirent la Chine quelques siècles plus tard, l’Europe devint synonyme de colonialisme.
Dans les yeux de mon grand-père, de mon père et de leur génération, le déclin de la Chine et les souffrances de son peuple étaient intimement liés au colonialisme européen. Toutefois, les Chinois apprirent beaucoup de l’Europe : la science moderne et la technologie, les concepts de liberté, d’autodétermination, de fraternité et de démocratie parlementaire, jusqu’au marxisme qui vint à guider les révolutionnaires chinois.
L’Europe sous l’ère de la guerre froide. Sous l’ère de la guerre froide, la Chine fut confrontée aux menaces sérieuses de deux superpuissances : d’abord les États-Unis, puis l’Union soviétique. Pour beaucoup de Chinois, y compris pour leurs leaders tels Mao Zedong et Zhou Enlai, la Chine et l’Europe constituaient deux alliés stratégiques se trouvant l’un comme l’autre sous la pression des superpuissances. Le Royaume-Uni fut le premier pays occidental à reconnaître la Chine nouvelle, et Hongkong constituait autrefois le pont reliant la Chine à l’Europe. Je me souviens très bien combien les Chinois étaient heureux d’apprendre l’établissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France, en janvier
1964.
Bien sûr, le général de Gaulle devint par la suite un héros immortel dans le coeur des Chinois. Ces derniers étaient également de fervents défenseurs de la réunification allemande et de l’intégration européenne, cela expliquant pourquoi ils sont si perturbés lorsque des hommes politiques allemands et européens appuient les revendications du dalaï-lama relatives à l’indépendance du Tibet.
L’Europe sous l’ère de la réforme et de l’ouverture. Les relations sino-européennes connurent un regain de vigueur lorsque la Chine s’embarqua sur la voie de la réforme et de l’ouverture, sous le leadership de Deng Xiaoping. Les deux parties établirent un partenariat stratégique englobant les secteurs du commerce, de la science et de la technologie, de l’éducation, de la santé, de l’énergie, des transports, de la protection de l’environnement, de la pratique juridique, etc.
Nombre de jeunes Chinois se sont établis alors en Europe pour étudier tandis qu’un plus grand nombre encore de Chinois se déplacèrent en Europe en voyage d’affaires et pour y effectuer des visites touristiques. De même, de plus en plus d’Européens se rendirent en Chine pour y investir, y séjourner dans le cadre d’échanges universitaires, ou même pour visiter ou y étudier. Cette époque constitua bien évidemment une « lune de miel » dans les relations sino-européennes ; les deux parties interagissant, et tirant des leçons l’une de l’autre dans le cadre d’un partenariat égalitaire. On peut dire que, à l’époque, une nouvelle « route de la soie » s’était tissée entre la Chine et l’Europe.
L’Europe de 2008. 2008 fut une année de fierté et d’émoi pour les Chinois accueillant les jeux Olympiques de Pékin.
Toutefois, certaines rues d’Europe devinrent les témoins d’actes de violence contre la torche olympique, et attirèrent des Européens non seulement approuvant de tels actes, mais brandissant également le drapeau au lion des neiges, symbole de la sécession tibétaine. Les Chinois,
furieux, se demandèrent : « Nous n’avons jamais cessé de soutenir la réunification allemande et nous avons toujours
été en faveur de l’intégration européenne, mais pourquoi ces types insistent sur la séparation d’une Chine unifiée ? »
Un de mes étudiants, qui a beaucoup lu sur l’histoire européenne, fit la remarque suivante : « Le Tibet a été intégré à la
Chine dès le xiiie siècle, c’est-à-dire bien avant que la Corse ne soit intégrée à la France et que l’Allemagne ne soit réunifiée.
S’ils veulent que les Chinois quittent le Tibet, alors pourquoi les Blancs ne quitteraient pas les États-Unis, le
Canada et l’Australie ? » Fin 2008, lorsque le sommet régulier entre la Chine et l’Union européenne fut annulé en raison de l’accueil du
dalaï-lama par le président français, la quasi-unanimité des Chinois exprima son soutien face à la décision du gouvernement.
De nombreux Chinois pensent que si un dirigeant chinois accordait un entretien très médiatisé aux leaders séparatistes irlandais, basques (Vasco) ou corses, les chefs d’États européens auraient la même réaction. Plus tard, lorsque certaines personnes prirent la décision de politiser la vente aux enchères des reliques chinoises saisies dans l’ancien Palais d’été, beaucoup plus de Chinois s’offusquèrent.
Ils demandèrent : « Si nous dérobions du Louvre des reliques culturelles en disant aux Français qu’elles seraient rendues
à leur propriétaire si l’on prononçait l’indépendance de la Corse, qu’en penseraient les Français ? » C’est ainsi que, en l’espace d’un an, l’image de l’Europe chuta de manière drastique dans l’esprit des Chinois pour être de nouveau associée au colonialisme, à
l’impérialisme et à la géopolitique réaliste. L’Europe du futur. Alors que l’intégration européenne demeure un processus inévitable, nombreux
sont les Chinois estimant qu’il est encore difficile de parvenir à une « identité européenne » uniforme, du fait du clivage relativement important
séparant la soi-disant « vieille Europe » de la « nouvelle Europe ». Pourtant, presque tous les Chinois sont convaincus qu’une Europe unifiée jouera un rôle croissant dans les affaires du monde, même s’ils sont loin d’être unanimes sur les implications positives ou négatives que ce rôle moteur d’intégration aura sur la Chine. D’autres pensent qu’une Europe unifiée et renforcée permettra de développer un sens accru de l’expansion du pouvoir, et débouchera sur de nouvelles tentatives visant à modeler la Chine à l’image de l’Europe, et, par conséquent, à plus de conflits entre les deux. Mais plus encore estiment que, malgré les points de discorde actuels ou potentiels, la Chine et l’Europe peuvent très bien « rechercher un terrain d’entente en mettant de côté leurs différences ».
Et même, au-delà de cela, Chine et Europe devraient, dans ce monde pluraliste, mettre en oeuvre tous les moyens de promouvoir un mode de développement mutuel auquel se joindrait le reste du monde au sein d’un système de coopération commun. Personnellement, je soutiens coûte que coûte cette dernière vision, et j’espère sincèrement que ce souhait de respect mutuel se changera en réalité dès que possible.
Europe fascination
Tioulong Saumura
Députée cambodgienne
Pour nous autres, habitants de pays vivant dans des régimes autoritaires et souvent dans la misère, persécutés par des dirigeants sous le joug desquels les peuples suffoquent, l’Europe est le symbole de la démocratie, du développement économique dans la justice sociale, et de la modernité où le pouvoir de l’État central diminue au profit de la supranationalité et du régionalisme. L’euro est un exemple extraordinaire
de limitation de la souveraineté nationale.
L’Europe nous fascine, elle nous étonne. Comment ont-ils fait, les Européens, pour se réconcilier et vaincre les démons du passé ? Deux guerres mondiales n’ont-elles pas été initiées en Europe ? Sans parler de la guerre de Cent Ans, des guerres de religion et de tant d’autres conflits qui
ont déchiré l’Europe. Alors que nous restons empêtrés dans nos vieilles querelles sans pouvoir avancer. L’Europe nous fascine, elle force notre admiration car elle est née du triomphe de la civilisation et de la raison sur les instincts bestiaux des hommes, dorénavant bridés par l’état de droit, le respect des autres, l’esprit de tolérance. L’Europe nous fascine, elle inspire l’espoir. Certainement, cette grande soeur va nous guider dans la voie de la coexistence avec l’autre dans l’harmonie, pour la prospérité de tous. Car l’Europe, c’est la Déclaration française des
droits de l’homme de 1789, la justice sociale des pays scandinaves, la social-démocratie à l’allemande, la juxtaposition de géants comme l’Angleterre, l’Allemagne et la France avec des lilliputiens comme le Luxembourg, la Slovénie et les États baltes. L’Europe nous fascine, elle nous déçoit. Comme si, ignorant sa propre force et le rayonnement des valeurs européennes, elle n’ose s’avancer sur la scène internationale et ne s’occupe que d’elle-même, de sa construction toujours en chantier, de son élargissement qui n’en finit pas. Pourtant, c’est un devoir pour l’Europe de répondre au nouvel ordre américain, à la montée de l’islam militant, à l’émergence de la Chine communiste. En ne faisant pas résonner la symphonie des valeurs européennes dans le concert des nations, l’Europe déroge à ses obligations de
première puissance économique mondiale, l’Europe nous fascine, elle nous indigne.
Européens, cessez de vous regarder le nombril : le reste du monde a besoin de vous, des principes humanistes et des lumières de l’Europe.
L’Europe et l’Asie indispensables l’une à l’autre
Dominique Girard
Directeur exécutif de la Fondation Asie-Europe
Vue d’un peu haut, l’Europe est pour moi cette main pointée vers l’ouest, l’avenir, forcément. Mais à son orient, comme une base solide et formidable, il y a l’Asie, énorme, intimidante, indispensable. Ma vie d’adulte, celle d’un diplomate obstinément attaché à cette Asie dont je n’ai jamais ignoré l’inéluctable importance dans l’histoire de l’humanité, n’a été qu’un cheminement heureux aux quatre coins du continent asiatique. Même quand elle paraissait vouée à la misère et à la guerre, même quand elle a commencé à oublier ses pauvres dans les effluves ambigus de la consommation, l’Asie n’a pas cessé pour moi d’être une source d’émerveillement, la certitude que mon ignorance, et donc ma capacité d’encore apprendre, restaient inentamées. Ma jeunesse européenne m’a donné les quelques certitudes sur lesquelles établir ma quête asiatique. Kant et quelques autres. L’injustice coloniale. La réconciliation franco- allemande et la construction de l’Europe. La liberté dans le respect de l’autre. Le sens du doute. Le goût de l’histoire.
Le désir de paix et le refus de la lâcheté. Le malaise, aussi, quand, à la bourse de la globalisation, la valeur des choses l’emporte sur celle
des hommes.
Aujourd’hui, à la tête de la Fondation Asie-Europe, j’ai la difficile mission – et le bonheur – de construire et de renforcer des passerelles entre les sociétés civiles d’Asie et d’Europe : un vaste programme, dont le seul fait qu’il existe montre que l’Asie et l’Europe ont compris qu’elles ne pouvaient limiter leurs rapports à la seule gestion de leurs intérêts, fussent-ils souvent communs.
Il est facile de dauber sur ce qui sépare l’Europe et l’Asie, et d’abord en niant qu’il y ait « une » Asie et « une » Europe. Mais toutes deux, dans leur extrême diversité, dans leur histoire plurimillénaire, dans l’énormité des souffrances qu’ont connues leurs peuples, trouvent aujourd’hui la même volonté de se développer dans la paix et la stabilité. Plus que le volume de leurs échanges économiques, c’est ce qui les
rend, irréversiblement, indispensables l’une à l’autre.
By Europe à la Carte
|
Jean-Christophe Bas a été responsable du dialogue paneuropéen à la Banque mondiale pendant
dix ans. Engagé pendant les années 1980 dans la mouvance de Solidarnosc et du prix Nobel de
la paix Lech Walesa pour la démocratisation des pays d’Europe centrale, il commence au même
moment sa carrière au Parlement européen, où il collabore avec Simone Veil, avant de devenir
journaliste et premier directeur de l’institut Aspen. Il vit désormais à New York et travaille auprès
des Nations unies pour l’Alliance des civilisations.

Liste des contributeurs :
Michael Adams
Antoine Assaf
André Azoulay
Jean-Paul Bailly
Ban Ki-moon
Daniel Barenboim
Pierre Calame
Philippe Cayla
Hywel Ceri Jones
CharlElie
Job Cohen
Michel Derdevet
Paula Jon Dobriansky
J. Christer Elfverson
Corinne Evens
Prince Turki al-Faisal
Ghida Fakhry-Khane
Adriano Farano
José María Figueres Olsen
Monica Frassoni
Angela Mariana Freyre
Ulf Gartzke
Dominique Girard
Jean-Dominique Giuliani
Xavier Godinot
Vartan Gregorian
Pan Guang
Simon Xavier Guerrand-Hermès
Diego Hidalgo
Christophe Jaffrelot
Hubert Joly
Bekir Karliga
Hakim el-Karoui
Craig Kennedy
Bassma Kodmani
Charles Konan Banny
William Lacy Swing
Ahmed Larouz
Andras Löcke
Amin Maalouf
Yoyo Maeght
Norbert Mao
Katherine Marshall
Candido Mendes De Almeida
Michael Meyer
Amr Mahmoud Moussa
Besnik Mustafaj
Maria-Cristina Necula
T. N. Ninan
Pierre Nougué
Ana Perona-Fjeldstad
Bernd Posselt
Viviane Reding
Jean-François Rischard
Jorge Sampaio
Inés Sastre
Tioulong Saumura
Rabbin Arthur Schneier
Justine Smith
Bård Vegar Solhjell
Lino Spiteri
Heleen Terwijn
Yvon Thiec
Ben Turok
Benoît Vermander, s.j.
Tanguy de Wilde d’Estmael
Tuesday, October 27 2009
By Europe à la Carte
|
Le 9 novembre 1989 « tombait » le mur de Berlin. Une génération de jeunes
Européens a grandi depuis. Po

ur eux, le partage du monde et de l’Europe
entre l’Est et l’Ouest, la réconciliation franco-allemande, l’émergence de
la démocratie sur le territoire européen, la suppression des frontières,
relèvent désormais des livres d’histoire et des évidences.
Cette « génération Erasmus » a été élevée avec Internet, a pris les chemins
de l’Europe sans frontières de Schengen grâce aux compagnies low-cost et
développé sa vision de l’Europe au prisme de la globalisation. Des jeunes qui,
pourtant, s’interrogent : quelle place et quel rôle pour l’Europe dans un monde
global ? Est-elle une superpuissance vieillissante condamnée au déclin ? Quels
sont ses atouts face à la montée des pays émergents ? L’explosion des flux
migratoires modifiera-t-elle la culture et l’identité des sociétés européennes ?
Quid des défi s de la diversité ? L’Europe, pour quoi faire ?
De Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, au pianiste virtuose et
chef d’orchestre Daniel Barenboïm, en passant par Inés Sastre, mannequin
vedette de Lancôme, Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe ;
l’écrivain libanais Amin Maalouf ; le commissaire européen Viviane Reding ;
l’éditeur du premier magazine économique indien Ninan… près de soixantedix
grands décideurs, acteurs et innovateurs du monde entier répondent
à ces questions en partageant la vision de « leur Europe ». Ce livre donne
également la parole à de jeunes leaders encore peu connus du grand public.
Ils sont la génération montante et leurs avis – souvent décoiffants – donnent
les clés pour comprendre les nouveaux atouts de l’Europe.
Une « Europe à la carte », mosaïque surprenante, enrichie de cartes inédites
et insolites, dont la pertinence des traits éclaire les réalités d’aujourd’hui ; des
cartes souvent plus parlantes que de longues analyses. Un livre de curiosités
qui donnera assurément au lecteur une nouvelle « envie d’Europe ».